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Décès de Marie Nelson Laferrière, mère de Dany Laferrière

  • PR-Marie-Nelson

    (c) Pédro Ruiz

    Marie Nelson Laferrière, mère de Dany Laferrière, est décédée jeudi 11 mai à Port-au-Prince. Nos condoléances à l’académicien Dany Laferrière, à sa femme Margaret Berrouet, à leurs trois filles Mélissa, Sarah et Alexandra, à sa sœur Ketty, son époux Christophe Charles et à leurs enfants Dany Charles et Chrystel Charles.

    Marie Nelson Laferrière est un personnage littéraire dont la figure est esquissée dans la plupart des romans de Dany Laferrière.

    Celle qui n’est jamais venue à Montréal alors que son fils y vit depuis 40 ans, qui n’a jamais même voulu prononcer le nom de cette ville, préférant toujours dire « Là-bas », elle n’a pas pu se résoudre à regarder cette ville rivale. Pourtant, Marie a toujours gardé une grande affection pour Montréal qui a accueilli son fils.

    Il y a deux femmes qui ont un rôle capital dans l’oeuvre de Dany Laferrière. Da, sa grand-mère, qui est à Petit-Goâve, « assise sur la galerie, la vieille dame au visage serein et souriant à côté d’un petit garçon de dix ans », à boire du café et causer avec les gens qui passent, tel que raconté dans L’odeur du café. Et c’est ainsi que son petit-fils a voulu la présenter au monde. Et Marie, qui écrit des lettres à son fils. Ce dernier ne manque pas de lui raconter Montréal.

    Petit-Goâve reste aux yeux des lecteurs confondue avec la tendresse émanant de la figure centrale de Da, tandis que Port-au-Prince reflète le visage inquiet de Marie, sa mère. Une ville de bouleversement politique incessant, de coup d’État militaire et même de tremblement de terre.

    Si Da semble être plus connue que Marie, c’est que la vie à Port-au-Prince est trop dure par rapport à la vie tranquille de Petit-Goâve.

    Marie se retrouve dans une grande partie de l’œuvre de Dany Laferrière, présente avec ses sœurs presque toutes mortes aujourd’hui, qu’on rencontre dans L’odeur du café comme étant la fille aînée, « une brunette avec des pommettes hautes, des yeux doux et un sourire encore plus doux » dans une maison où on se marie jeune.

    Dans Le goût des jeunes filles, Marie est morte d’angoisse pour son fils, qui trouve refuge chez elle, dans une petite maison de Port-au-Prince. Alors que rôdent les tontons macoutes et les jeunes filles adolescentes.

    Dans Pays sans chapeau le livre lui est dédié : « À ma mère qui n’a jamais quitté son pays, même pour une minute, comme elle dit » Car, dit-elle, on ne quitte pas le chevet d’un grand malade. Elle s’est installée d’un bout à l’autre dans ce roman, où elle est comparée au pays lui-même. Ma mère, mon pays.

    Dans Le cri des oiseaux fous c’est sur un portrait d’elle que le roman s’ouvre, elle est « […] encore assise dans le coin gauche de notre minuscule galerie. Cette section a l’avantage d’être complètement protégée du soleil par un massif de lauriers-roses. C’est là que ma mère se cache pour réfléchir à sa vie, comme elle dit. » C’est de ce coin de la galerie qu’elle annonce la mort de Gasner Raymond, un évènement qui va changer la vie de son fils en provocant son départ vers Montréal.

    Si L’Énigme du retour est le livre du décès du père, c’est la mère qui reçoit les cristaux de douleur, de la mort du mari, mort en exil. L’exil, celui du fils et celui du mari qui occupent le cœur de la vie de cette femme.

    Si Dany Laferrière est aujourd’hui un immortel de l’Académie française, sa mère Marie Nelson est entrée dans l’immortalité par le chemin de la fiction, en occupant depuis plus de trente ans toutes les pensées de son fils.

    Les funérailles de Marie Nelson auront lieu lundi 15 mai 2017, à 9:00am, à l’Église Notre Dame D’Altagrace (386, Route de Delmas Port-au-Prince, Haïti).


    Quelques extraits à lire


    La valise

    À côté de ma mère, se tient tante Renée droite, blanche, fragile. Ma mère a ce sourire un peu crispé que je lui ai toujours connu.

    — Où sont tes bagages? Me demande ma mère avant même que je l’embrasse.

    Toujours les deux pieds sur terre.

    — Je n’ai que cette valise.

    — Ah bon! Dit ma mère tout en essayant de cacher son étonnement.

    — Elle fait le même poids que celle que tu m’as donnée quand je partais il y a vingt ans.

    Tante Renée me prend la valise des mains.

    — C’est vrai, Marie, il a raison.

    Le sourire crispé de ma mère. Elle doit penser que je n’ai pas changé. Toujours cette façon fantaisiste de voir la vie. Ma mère aurait apporté le maximum de choses utiles, elle.

    Ce n’est que maintenant que ma mère m’embrasse. Tante Renée, qui n’attendait que ce signal, me saute au cou.

     Extrait de « Pays sans chapeau »


    Là-bas

     Ma mère ne dit jamais Montréal. Elle dit toujours là-bas.

    — Pourquoi tu dis toujours là-bas, maman?

    — Ah oui…

    — Oui, même dans tes lettres.

    — Parce que c’est là-bas.

    — Son nom, c’est Montréal.

    — Je ne sais pas de quoi tu parles.

    — J’ai vécu vingt ans là….

    — Je le sais que t’as vécu vingt ans là-bas.

    — Marie achète un calendrier chaque année, juste pour toi, lance tante Renée. Elle fait une croix chaque jour qui passe.

    — Je comprends, mais elle peut quand même dire Montréal.

    — Tu ne peux pas lui demander ça, dit simplement tante Renée.

    Ma mère garde le silence.

    Extrait de « Pays sans chapeau »


    Carnet noir

    Mes déplacements sont surveillés et je ne sais pas toujours comment prendre cela. Sur un plan personnel ou sur un plan collectif. S’agit-il d’un moi qui aurait suscité un sentiment si fort chez les gens qu’ils répugnent à me savoir ailleurs? Ou veut-on me rappeler que je ne dois pas quitter un pays qui m’a protégé durant toutes ces années? Cela dépend peut-être de celui qui parle. Je ne saurais douter de l’affection dont on m’entoure quand je vais dans une classe, dans un salon du livre ou simplement dans la rue. Et je suis si sensible à cette émotion que je fais attention à ne jamais décevoir ce cortège d’ombres chaleureuses. Quand je me sens perdu, sans repères, je revois ces regards qui m’entourent d’une si grande tendresse que je ne saurais douter de ma présence au monde.

    Malgré tout, vous savez comment c’est, l’amour, il peut être étouffant, alors je ressens un point chaud et froid au cœur chaque fois qu’on me questionne sur l’endroit de ma résidence. Mine de rien, depuis un an, toute conversation se termine par : tu ne vas pas rester là-bas? Là-bas, c’est Paris, comme là-bas fut Montréal pour ma mère. Très peu de gens m’ont demandé comment ma mère a vécu cette absence qui dure depuis quarante ans, car depuis près de quarante ans je n’ai pas passé trente jours consécutifs avec elle. Son fils est parti ailleurs et n’est jamais revenu. Mais je ne l’ai jamais perdue non plus. Son odeur m’accompagne. L’odeur de sa peau qui se confond avec celle de mon adolescence. Et voilà que Montréal s’inquiète. Je ne peux pas la rassurer sans perdre ma liberté: celle de partir et de revenir. Chaque interrogation (tu vas partir là-bas?) me dit qu’on tient à moi en même temps qu’on doute de moi. À soixante-deux ans, j’ai passé depuis longtemps l’âge de quitter le toit familial. Je rappelle à ceux qui se posent des questions sur le saumon qui vit en moi que je suis déjà parti douze ans à Miami sans qu’on sache que j’ai passé tout ce temps là-bas. Un autre là-bas. Ma vie est cousue de là-bas. J’ai toujours voulu aller là-bas pour voir si j’y étais. Et, bien sûr, il m’arrive de me croiser dans un café en train de lire une nouvelle de Borges. C’est ainsi que j’ai su que c’était moi.

    Extrait de « Tout ce qu’on ne te dira pas, Mongo »

     

    L’exil (12h10)

    L’affaire est que je ressemble beaucoup à mon père, et parfois, j’ai l’impression que ma mère éprouve certaines difficultés à faire la différence entre lui et moi. Je suis le portrait craché de mon père et pas uniquement sur le plan physique. Ma mère me l’a souvent répété d’ailleurs. Quand j’étais un gamin, je pensais que mon père n’avait eu qu’à cracher dans le ventre de ma mère pour que je sois conçu. Aujourd’hui, à vingt-trois ans, je suis physiquement aussi grand que mon père, et il m’arrive de porter ses cravates (ma mère les a religieusement gardées au fond de son armoire, durant toutes ces années, pour un jour pouvoir contempler l’image parfaite de mon père) pour me rendre à une quelconque conférence de presse ou à la réception annuelle de l’Association des journalistes. Souvent, dans ces moments-là, ma mère s’adresse à moi comme à mon père. Il faut dire qu’en plus de lui ressembler, je porte son prénom. Cela n’arrange rien pour ma mère, qui tente désespérément d’oublier la souffrance causée par le départ de mon père. C’est un étrange ballet : d’une part elle fait tout pour retrouver mon père en moi, et d’autre part elle veut oublier cet homme dont la mémoire la fait tant souffrir. C’est son drame intime. Disons tout de suite que mon père n’a pas quitté ma mère pour aller vivre avec une autre femme plus jeune et plus belle, ce qui est assez courant dans notre société et le cas de la plupart de mes amis. Si c’était cela, connaissant ma mère, elle l’aurait détesté, ce qui aurait grandement simplifié les choses. Mais non, ces deux-là s’adoraient. Alors, comment oublier un homme que vous adorez et qui ne vous a pas quittée ? C’est la question à laquelle ma mère doit faire face chaque jour. Voilà : mon père vit en exil depuis près de vingt ans. Au début, on avait sans cesse des nouvelles de lui. Il utilisait toutes sortes de subterfuges pour prendre contact avec ma mère tout en évitant d’attirer la suspicion de ceux qui l’ont expulsé du pays. Pendant un bon moment, il pensait pouvoir revenir à Port-au-Prince. Curieusement, de son côté, ma mère n’a jamais nourri ce rêve. Et c’est elle la première qui a voulu prendre une certaine distance. C’était devenu trop dur pour elle. Elle commençait à parler toute seule, errait dans la maison comme un zombie et devenait franchement irritable. Elle n’arrivait plus à distinguer le rêve de la réalité, le jour de la nuit, le blanc du noir, l’absence de la présence. Ma mère avait des responsabilités trop importantes pour se permettre de perdre la tête. Il lui a fallu prendre une décision. Comment faire quotidiennement avec un homme qu’on est sûre de ne plus jamais revoir de sa vie ? L’exil est pire que la mort pour celui qui reste. L’exilé reste vivant bien qu’il ne possède aucun poids physique dans le monde réel. Plus de corps, plus d’odeur. Des traits de plus en plus vagues. Il s’efface tout doucement dans la mémoire des siens. Reste cette voix, le dimanche soir, vers onze heures. Ma mère ne pouvait rien contre ces appels dominicaux. Elle émergeait de ces conversations (si on peut appeler ainsi ces longs moments de silence entrecoupés de soupirs à peine audibles où l’on se demande si l’autre est encore au bout du fil) en respirant fortement de la bouche comme si elle avait refait surface après un long moment sous les eaux. Une noyade manquée, c’est tout ce que je peux trouver pour décrire ces conversations téléphoniques. Au début, on se raconte tout, j’imagine. Après quelques années, on n’a plus rien à se dire, on se contente d’analyser les moindres inflexions perçues dans la voix de l’autre. Curieusement, ma mère n’a jamais voulu me passer le téléphone, même au début pour un simple babillage (j’avais cinq ans quand mon père est parti), prétextant chaque fois que mon père était en train de lui révéler quelque chose de très important. Je pleurais. Je lui tirais la jupe. Mais elle restait insensible à mes larmes, préférant, je le comprends maintenant, avancer seule dans les marécages de la folie douce. Mon père, de l’autre côté, s’enfonçait lentement dans les eaux glauques et putrides du cauchemar éveillé. Ce genre de cauchemar où l’on se trouve toujours en face d’une porte qu’on finit par ouvrir pour tomber devant une autre porte qui donne sur une nouvelle porte, et cela pendant vingt ans. Voilà l’absence. Rien de concret. Tout est toujours ambigu, jamais définitif. C’est ce que j’ai compris, très tôt, en voyant ma mère sortir complètement groggy de ses étranges conversations téléphoniques avec mon père. Le désir physique sans possibilité d’étreindre l’être aimé, le palper, le sentir, le toucher. Le corps absent. La chair trop vive. L’autre, à jamais hors de portée. À partir de quel moment doit-on se résigner à ce fait impensable de ne plus jamais pouvoir serrer dans ses bras le corps de l’autre ? Le corps aimé. Un corps, un esprit et un cœur encore tout palpitants à l’autre bout du fil. Ce fil qu’il faudra se résoudre à casser un jour. Mais quand ? Voilà la question que ma mère se posait il y a encore quelque temps, à l’ombre des lauriers-roses.

    Extrait de « Le cri des oiseaux fous »


    Le chant de ma mère

    Nous sommes sur la galerie.

    Près des lauriers roses.

    Ma mère me parle tout bas de Jésus,

    l’homme qui a remplacé son mari

    en exil depuis cinquante ans.

    Au loin la voix d’une marchande de pacotille.

     

    Chaque famille a son absent dans le portrait de groupe. Papa Doc a introduit l’exil dans la classe moyenne. Avant, un pareil sort n’était réservé qu’à un président qui venait de subir un coup d’État ou à un de ces rares intellectuels qui pouvaient être aussi des hommes d’action.

     

    J’ai pris toutes les précautions du monde

    pour annoncer à ma mère

    la mort de mon père.

    Elle a d’abord fait la sourde oreille.

    Puis s’est fâchée contre le messager.

    La distance est si fine

    entre la longue absence et la mort

    que je ne me suis pas assez méfié

    de l’impact de la nouvelle sur les nerfs de ma mère.

     

    Ma mère évite de me regarder.

    J’observe ses longues mains si délicates.

    Elle rentre et sort, sur son doigt,

    l’anneau de mariage

    tout en fredonnant si doucement

    que je peine à comprendre les paroles de la chanson.

     

    Son regard se perd dans le massif de lauriers roses

    qui lui rappelle un temps

    où je n’étais pas encore.

    Le temps d’avant.

    Revoit-elle cette époque où elle n’était

    qu’une jeune fille insouciante?

    Son sourire furtif m’atteint plus que des larmes.

     

    J’entends chanter ma mère

    dans la chambre d’à côté.

    La nouvelle de la mort de mon père

    est enfin parvenue à sa conscience.

    Le cortège de douleurs

    les jours vides

    alternant avec l’éclat du premier regard.

    Tout refait surface.

     

    Ce chant de ma mère dont

    j’ai fini par capter quelques bribes

    parle de marins paniqués,

    d’une mer mouvementée

    et d’un miracle au moment où

    tout espoir semblait perdu.

     

    Elle a l’habitude d’écouter la radio sur un petit poste que je lui ai envoyé il y a quelques années. Fixé sur la même station de prières. Elle n’écoute que des sermons et des chants religieux à l’exception de cette émission de musique « Chansons d’autrefois » où les chanteurs atteignent des notes si aigues qu’elles font gémir le vieux chien qui dort sous la chaise.

     

    Je fais le va-et-vient entre l’hôtel

    et la maison cachée derrière les lauriers roses.

    Ma mère s’étonne que je ne couche pas

    à la maison.

    C’est que je ne veux pas lui donner l’illusion

    qu’on vit à nouveau ensemble

    quand ma vie se passe loin d’elle

    depuis si longtemps.

     

    Je ne cesse de revenir à elle

    dans mes écrits.

    Passant ma vie à interpréter le moindre nuage sur son front.

    Même à distance.

    Extrait de « L’Énigme du retour »


    Chez ma mère

    Ma mère n’habite pas trop loin de chez Frankétienne. On tourne à gauche à la première ruelle juchée en haut de la petite pente. Mon cœur se serre. Je n’ai encore eu aucune nouvelle d’elle. Chacun rêve que sa famille soit épargnée. Delmas 31, son quartier, est largement dévasté. Pourtant, les maisons dans sa petite rue ombragée, par je ne sais quel miracle, semblent encore debout. On roule lentement. Mon cœur bondit quand je vois mon beau-frère, le poète Christophe Charles, près de la grande barrière rouge. Il a l’air soucieux, mais pas plus que d’habitude. On range la voiture sur le côté. J’ai le temps de constater que la maison neuve, juste en face de chez elle, est complètement détruite. Rien à faire. Son propriétaire en était si fier. Le maigre sourire de Christophe me rassure. On entre pour voir tout le monde dans la cour, même mon neveu Dany à qui j’ai dédié L’énigme du retour et qui aurait pu être à l’université ou ailleurs. Il était passé à la maison par hasard, n’ayant pas l’habitude de rentrer chez lui avant le crépuscule. C’est une zone diffcile d’accès (le transport public n’y pénètre pas) et il n’a pas de voiture. D’ordinaire, son père passe le chercher après les cours. Mais il était là. Sans lui, il n’y aurait eu dans la maison que ma mère, une femme de plus de quatre-vingts ans (même à moi elle ne dit pas son âge) et Tante Renée qui ne peut se déplacer sans aide. Elle est couchée sur un matelas jeté dans la cour. Elle a l’air de s’y faire. Ma mère, toute excitée, comme une petite fille. «J’aurai tout vu dans ce pays», me dit-elle. Des coups d’État, des cyclones à répétition, des dictatures héréditaires, et maintenant un tremblement de terre. Elle répète : « J’aurai tout vu ». Les gens ont peur que les choses changent après leur départ. Ma sœur nous prépare du thé. Ce thé amer qui fait baisser la tension, dit Tante Renée. La maison n’est pas très endommagée. Ma mère me montre une petite fissure dans le salon. Pas bien grave, mais assez pour l’inquiéter. En fait, on est si fortement ébranlé que cette peur nous habitera longtemps encore. La mort sera toujours présente. Je m’attendais à une ambiance de tristesse, et je sens plutôt là une sorte d’ivresse. Même ma sœur, si soucieuse ces derniers jours, me paraît tout à coup plus légère. Les graves problèmes d’aujourd’hui effacent les angoisses mineures d’hier. L’impression que nous avons enfin atteint le fond et qu’on ne peut que remonter. Et puis il y a aussi la simple joie d’être encore en vie.

    Extrait de « Tout bouge autour de moi »


    mai 13th, 2017 | admin | Commentaires fermés sur Décès de Marie Nelson Laferrière, mère de Dany Laferrière |

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