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Lettre de Mahigan Lepage (Cuenca, Équateur)

  • Octobre 2014  

    Lecteurs, lectrices,

    Je ne suis pas là. J’ai choisi d’être toujours ailleurs, sans cesse penché vers l’horizon là-bas. Parce que ça me convient. Parce que ça me vit.

    Je n’oublie pas d’où je viens. D’où l’on vient est un noyau. Un noyau qu’il faut éclater.

    Il n’y a vraiment que ce mot, pour moi : éclater. En écrivant, on explose. Il n’y a plus de lieu fixe. Plus de règles de grammaire. Plus de phrases intelligentes et creuses. Plus d’autorité. On éclate tout, et ce faisant on s’éclate. C’est une grande jouissance, une désinvolture. Un je-m’en-câlisse.

    Fuites mineures n’est pas un livre sur l’adolescence. C’est un exercice d’éclatement. Le geste de crier est bien plus important que ce qui est raconté. Ce qui manque dans le monde, ce n’est pas le vécu. C’est le cri. C’est l’explosion.

    On ouvre le livre. On reconnaît des éclats. Des bribes de territoires : Gaspésie, Montréal, Outaouais, Bas-Saint-Laurent… On reconnaît aussi des morceaux de langue partagée : des formes de français, des expressions joual, des anglicismes… Mais avisez-vous bien que ce ne sont que des éclats. Ce territoire n’existe pas : il n’est que fuite et dérobades. Cette langue n’existe pas : elle n’est que spirales et rythme. Il n’est pas un pays où l’on parle comme ça.

    Quitter le sol. C’est le même mouvement, celui qui me fait écrire, et celui qui me fait nomade.


    octobre 31st, 2014 | admin | Commentaires fermés sur Lettre de Mahigan Lepage (Cuenca, Équateur) | Étiquettes : , , , ,

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