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Un Québec sans l’Autre

  • Gilles Bibeau 

    Quelles sont les implications de la disparition de l’Autre ? À partir de quels repères les citoyens peuvent-ils s’orienter dans une société qui prétend pouvoir exister sans la différence dont l’« autre » est porteur ? Comment être un sujet dans une société qui tend à bannir l’altérité – celle de la diversité culturelle et religieuse, comme celle représentée par le patrimoine et les vestiges historiques ? Une société sans dehors ne peut que finir par canoniser son unique dedans. La société altéricide se bâtit sur une double disqualification, celle du temps – le passé est représenté comme un temps gelé, un temps dépassé n’existant qu’au présent, un temps de la nouveauté et de l’actualité pensé sur l’axe de la racine et de la souche – et celle de l’espace – l’ailleurs des autres univers culturels et religieux est vu comme admirable et beau mais à la condition que ces mondes restent loin de la quotidienneté.

    Sur un plan anthropologique, cette société se représente les figures de l’Altérité en désactivant d’emblée leur potentiel de transformation de la société accueillante : ainsi, la présence de l’Autre n’arrive pas à ouvrir la pensée sur Soi à d’autres catégories que celles qui sont déjà-là. En s’édifiant sur la séparation d’avec d’autres formes de philosophies, de cultures, de religions et de morales, la société sans l’Autre risque, suite à son refus de se laisser transformer, l’effacement de ce qui la fonde. C’est l’humanisme – en tant que renvoyant à la part commune d’humanité dans toutes les civilisations – qui est ainsi mis en danger.

    Et sur le plan politique, cette société ne peut que valoriser ce qui inclut et ce qui intègre dans le même. J’illustrerai ce point en situant les débats menés au Québec autour de la laïcité sur l’horizon de l’histoire pluri-centenaire des relations que la nation québécoise (d’ascendance franco-canadienne) a entretenu avec les différentes figures de l’altérité, hier les Amérindiens conquis et les Britanniques vainqueurs, et aujourd’hui avec les immigrants porteurs de cultures non-occidentales et religions non-chrétiennes.

    Gilles Bibeau est anthropologue et professeur émérite à l’Université de Montréal. Il a entrepris des recherches dans plusieurs pays d’Afrique, d’Amérique latine ainsi qu’au Québec et en Inde. Féru d’histoire et de politique internationale, il est l’auteur de nombreux articles et essais. Il a publié chez Mémoire d’encrier les essais Généalogie de la violence. Le terrorisme: piège pour la pensée (2015) et Andalucía, l’histoire à rebours (2017).


    Essai    978-2-89712-636-0      29,95$      env. 400 pages     

    16 octobre 2019 (Québec)
    À venir (France/Belgique/Suisse) 

    À paraître 


     


    juillet 10th, 2019 | admin | Commentaires fermés sur Un Québec sans l’Autre |

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